Un fil alchimique invisible traverse l’être de bas en haut,
silencieux et droit comme un bambou souple et aérien.
Il relie la chair au souffle, le dense au subtil,
et fait du corps un lieu de passage,
un pont entre les mondes.
Cet axe du Taiji est semblable à la ligne de faîte d’une haute montagne.
D’un côté, l’adret baigné de soleil ;
de l’autre, l’ubac enveloppé d’ombre fraîche.
Lorsque le marcheur atteint cette crête,
le regard s’ouvre soudain:
des horizons insoupçonnés se révèlent,
cachés jusque-là par l’effort de l’ascension.
Il peut avancer en équilibre,
entre clarté et obscurité,
vers le sommet sans nom,
ou bien basculer doucement vers l’autre versant
et descendre vers une vallée encore inconnue.
Ainsi se meut le pratiquant de Qigong et de Taiji.
Il gravite autour de cet axe intérieur,
demeurant au centre du changement,
là où le Yin et le Yang s'entremêlent
dans une danse sans commencement ni fin.
Cet axe s’accorde à trois foyers secrets,
les "dantian", champs de cinabre et de silence,
où se mêlent et se transmutent
les souffles de la Terre, de l’Humain et du Ciel.
Trois Qi émergeant d'un même souffle originel,
le grand Qi,
source obscure et lumineuse
de toutes les formes du vivant.
Deux axes jumeaux viennent épauler l'axe central comme des gardiens discrets.
Ils jaillissent sous les pieds,
aux sources bouillonnantes du "Yong Quan",
puis s’élèvent par les jambes et les plis de l'aine
jusqu’aux creux paisibles des épaules.
Ils soutiennent l’essor du corps,
défiant la pesanteur sans la combattre,
offrant une verticalité
à la fois enracinée dans la Terre nourricière
et suspendue au vaste Ciel lumineux.
Deux portes encore polarisent et éveillent le centre.
Au périnée, le "Hui Yin" rassemble le Yin profond de la Terre.
Au sommet du crâne, le "Bai Hui" s’ouvre
comme une fleur aux cent pétales
vers la clarté du Yang céleste.
Entre ces deux pôles,
le souffle circule
et l’être s’unifie.
L'être authentique pratique le Qigong ou le Taiji,
entre dans cette danse silencieuse,
tourne autour de l’axe immobile,
passe sans effort de l’ombre à la lumière,
du Yin au Yang,
et laisse le Tao joueur et spontané éveiller la matière corporelle.
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